mardi 28 janvier 2014

Ernst Jünger et l'esthétique fasciste, entre militarisme barbare et éloge de la technique

Balla - La guerre
J'ai récemment eu l'occasion de lire « La guerre comme expérience intérieure » de cet auteur allemand au style d'un lyrisme paradoxalement aussi fort que sa fascination pour la froideur métallique de l'armement moderne. Ernst Jünger est un auteur assez controversé qui mérite cependant d'être lu en tant que romancier, mais aussi en tant qu'essayiste, afin de comprendre le contexte des années 30 et plus particulièrement le fascisme.

Jünger est paradoxal car, ayant fréquenté les cercles nationalistes révolutionnaires de ces années, germes du nazisme futur, il a cependant vite rejeté les tentatives d'approche de ce parti. Le lire est déjà intéressant afin de comprendre la situation d'un homme en temps de guerre, et le livre précité montre des passages d'une fulgurance à faire froid dans le dos – ce temps était encore celui d'un militarisme patriotique pleinement assumé par l'auteur. Cependant, il faut bien voir cela aussi comme une tentative d'analyse empirique des sentiments intérieurs que vit un soldat envoyé dans les tranchées pour subir « l'Orage d'acier » de ses adversaires. Selon l'auteur, le soldat, mué en guerrier, serait le matériel employé par une volonté supérieure, mu par « l'énergie potentielle de l'idée qui se convertit en énergie cinétique, et pose ses exigences impitoyables ». Bien plus que le sentiment patriotique, en déliquescence depuis bien longtemps maintenant, ou la discipline, ce serait une impulsion terrible issue de l'Idée qui s'imprimerait dans la matière et mobiliserait ainsi des milliers de corps contre l'ennemi, aveuglément et passionnément.

Jünger est donc bien un militariste forcené, du moins durant cette période. Dans ledit livre, outre des analyses cinglantes de la guerre, il livre régulièrement des épanchements hallucinés sur la beauté de la guerre, la fureur du soldat viril qui irait la fleur au fusil détruire absolument l'ennemi par sa force et son élan vital. Pour lui, la guerre est mère de tout, destructrice et créatrice en même temps. En-dehors point de salut, les peuples pacifiques étant voués à la ruine et à l'extinction. Au-delà du courage et de la vertu martiale que vantait en d'autres temps la tradition républicaine, c'est le Mouvement et la passion pour la Force brute qui imprègne la vision de la guerre d'un Jünger, et qui lui donne cette saveur si férocement moderne. Jünger est pleinement dans son époque, il y trempe sa plume jusqu'à la tordre.

lundi 6 janvier 2014

Égalité & Réconciliation mérite un combat culturel radical


Il m'est souvent arrivé d'entendre des conversations sur le site Égalité & Réconciliation (E&R), fondé par Alain Soral. J'y ai bien souvent participé, quelque fois les ai-je observé de loin, mais j'ai su en retirer généralement quelques observations, que la lecture d'un article de Rue89 (1) a récemment permis de renforcer. Il confirme en effet un peu plus ce que je pensais concernant ce site et la stratégie à adopter à son égard. Contre les préjugés des antifas épileptiques, engoncés dans leurs dogmes comme un adolescent dans son premier costume, il illustre assez bien le fait que son public n'est pas un simple repère de fascistes bas-du-front et de skins au regard bovin : il brasse large et bien souvent pour des raisons étrangères aux critiques légitimes que l'on peut faire de Soral et de ce site web.

Cet article appelle donc bien à un combat culturel, que Soral mène, hélas, avec un certain succès sur le net, sans trouver beaucoup d'opposition. Car en effet, l'heure actuelle est à un monopole grandissant des milieux soraliens, nazbols (2), mariniste et néo-droitistes sur tout un filet d'idées, de théoriciens et de pratiques que le camp socialiste aurait dû protéger, chérir et agressivement conquérir le cas échéant. La remarque d'une des personnes interviewées en dit long : il va notamment sur E&R parce que l'on y « parle de Michéa ». Michéa n'est pourtant pas du tout de ce camp-là, et son dernier entretien à Marianne (3) le montre bien : s'il reconnaît de la pertinence aux analyses d'un Alain de Benoist, il dit clairement que c'est au camp socialiste de considérer ces idées et les reprendre en main dans une perspective différente – l'antilibéralisme de droite ayant hélas bien souvent partagé nombre de principes avec l'antilibéralisme de gauche/socialiste/...

Cependant, force est de constater que le camp le plus enclin à citer Michéa et à en discuter se situe régulièrement à droite, y compris du côté des républicains. Qui reprend Jean-Claude Michéa et s'en revendique ouvertement ? Trop souvent des hommes politiques ou médiatiques comme Marine Le Pen et Zemmour, ou des médias comme la revue Éléments, par exemple, organe important de la Nouvelle Droite qui depuis sa mutation fin années 80 a de plus en plus repris une galaxie d'auteurs « de gauche » hétérodoxes (en vrac : Latouche, Caillé, Castoriadis, Lasch, école de Francfort, etc.). La gauche est bien frileuse à cet égard, et si Michéa la critique assez férocement, elle la lui rend bien comme l'a montrée la cabale récente à l’encontre de ce « néo-conservateur » (sic, Le Point). Dans une telle situation, où le camp « de gauche » délaisse peu à peu un nombre incalculable d'idées à « la droite », comment s'étonner de voir que de plus en plus de personnes curieuses et critiques de l'époque se retrouvent non pas « chez nous » mais chez E&R ? De Benoist, encore lui, prédisait déjà dans les années 70 que les idées de droite qu'il professait pourraient très bien être un jour des idées de gauche (4). Force est de constater que c'est l'inverse qui se produit, et la culture critique penche de plus en plus vers son camp, avec des défections de gens comme Costanzo Preve, marxiste critique aux analyses brillantes, qui trouva son salut absurde chez une Marine Le Pen...(5)

Dans ce marasme intellectuel de gauche, il faut cependant saluer les efforts, rares mais salutaires, d'une revue telle que l'Offensive (6), ainsi qu'une maison d'édition exceptionnelle comme l'est L'Échappée (7). Libertaires, ils sont pourtant les premiers sur le front des idées lorsqu'il s'agit de défendre tout cet héritage anti-utilitariste, anticapitaliste, décroissant, localiste, etc. dont Michéa a fait l'une des plus brillantes synthèses. Le dernier ouvrage publié par l'Echappée (8) qui réunit des gens aussi divers qu'Orwell, Weil, Illich ou Castoriadis, indique là une intelligence rare, et c'est pour ma part de ce côté-là que je me sens le plus d'affinités. La revue Offensive cite Michéa, n'a pas peur de défendre un certain conservatisme, de critiquer la culture de masse, le capitalisme du désir, comme les dogmes de gauche (progressisme des moeurs, technophilie, scientisme, étatisme, anti-patriotisme, clivage gauche-droite, etc.) tout en se distanciant radicalement de la Nouvelle Droite. Leur combat est noble, il est nécessaire, mais ils sont bien seuls – on peut aussi penser au collectif castoriadien Lieux Communs (voir blogs amis), à la revue La Décroissance et bien évidemment au M.A.U.S.S.

Les idées marchent aussi au rapport de force, c'est pourquoi la priorité absolue aujourd'hui, dans ce domaine, est la constitution d'un pôle de puissance autonome, un collectif de pensées capable d'attirer vers lui toutes ces analyses et ces propositions (décroissance, démocratie directe, communautés organiques, autogestion,...) afin de contrer l'invasion des anticonformistes de l'autre camp. Maisons d'édition, groupes de réflexion, revues, vidéos, brochures, tout est bon pour faire pencher la balance de notre côté. Pensez blanchissage d’idées, mais en positif : une telle communauté de pensée rafraichirait le camp révolutionnaire, tout en montrant qu’il est possible d’être à la fois anti-soralien et michéen, socialiste « sans le Progrès » et sans la Nouvelle Droite. Des idées trop souvent amalgamées à « la Réaction », deviendraient ainsi progressivement la propriété légitime d’un camp qui, les revendiquant, refuserait tout aussi explicitement et d’un même mouvement l’ethno-différentialisme, l’autoritarisme, le racisme, le sexisme, l’homophobie, le conspirationnisme ou le fanatisme religieux. Et ce faisant, il pourrait ainsi, plus efficacement et avec des conséquences plus intéressantes que les inquisitions gauchistes sauce Yves Coleman, convaincre des indécis sur le point de passer du côté adverse – mais encore faudrait-il qu’une structure aussi puissante, visible et cohérente qu’E&R émerge – et par ailleurs empêcher les transfuges intellectuels.

A cela s'ajoute bien évidemment – et même en priorité – un combat social aux côtés des classes populaires, un combat « total » alliant soutien et promotion de commerces alternatifs, de coopératives solidaires, de germes de démocratie radicale, j'en passe. Tout ceci, en conclusion, aurait un impact bien plus important – et positif – que les simples élucubrations antifascistes contre LABÊTEIMMONDEUH, qui font certes du bien aux militants en manque d'adrénaline, mais ne servent pratiquement à rien en-dehors.


(1) http://www.rue89.com/2013/12/05/egalite-reconciliation-site-soral-aussi-voisin-248089

(2) National-bolchéviques, cherchant en gros à combiner le meilleur du stalinisme et du national-socialisme, authentiques « rouge-bruns » que l’on retrouve par exemple du côté de la revue Rébellion (OSRE).

(3) http://www.marianne.net/Michea-face-a-la-strategie-Godwin_a234731.html

(4) « Pour l'heure, les idées que défend cet ouvrage sont à droite ; elles ne sont pas nécessairement de droite. Je pourrais même très bien imaginer des situations où elles pourraient être à gauche. Ce ne sont pas les idées qui auraient changé, mais le paysage politique qui aurait évolué. », Vu de droite, éditions Labyrinthe.

(5) Lire « Si j’étais Français », de Costanzo Preve.

(6) http://offensive.samizdat.net/, qui ont décidé hélas, apparemment, de faire une pause d’un an..

(7) http://www.lechappee.org/

(8) Radicalité, 20 penseurs vraiment critiques, Coordonné par Cédric Biagini, Guillaume Carnino et Patrick Marcolini, éditions l’Échappée. Lire : http://www.marianne.net/Qui-sont-les-vrais-penseurs-radicaux_a234464.html.

vendredi 3 janvier 2014

Valls, dieudonniste qui s'ignore

La stupidité élevée au rang de pouvoir, l'aberration faite loi, Valls le sinistre de l'Intérieur ne dédaigne pas l'idée d'interdire UN GESTE (!!). Pourquoi ne pas aussi interdire le bras d'honneur au nom des bonnes moeurs ?

Cet inlassable conducteur de train étatique alimente avec vigueur et entrain la chaudière de l'antisémitisme en gesticulant de cette manière, à tel point qu'il ne voit pas arriver devant lui ce Mur immense, vers lequel il se dirige en faisant « tchou-tchou » avec sa sirène.

Après avoir été cirer les pompes du CRIF, histoire de tendre une perche colossale aux antisémites fans de Dieudonné et Soral, le voilà qui redouble d'intensité dans ses propositions abracadabrantes. La question est désormais de savoir : que compte-t-il faire ? Infliger une amende à quiconque fait ce geste ? S'étirer le bras vaudra-t-il au quidam français de recevoir la visite de la PJ ?

Tout ça n'est pas sérieux. Valls n'est pas sérieux. Ce gouvernement n'est pas sérieux, non plus, mais Valls semble condenser en sa propre personne ce manque absolu de sérieux. Quand un gouvernement à l'évidence pourri de l'intérieur et membre ouvert d'un système oligarchique tente d'interdire un geste qui se veut précisément « anti-système », il ne fait finalement que jouer la pièce de son prétendu adversaire. Valls et Dieudo : même combat.

Et pour qu'on en finisse une bonne fois pour toute avec ces exégèses de la quenelle : non, faire la quenelle ce n'est pas forcément faire un « geste antisémite ». Non, la quenelle n'est pas à l'origine un geste antisémite, certainement pas un « salut nazi inversé » ou une référence au Dr Folamour (l'imagination surréaliste des intellos n'a décidément pas de limites). Non pas que ce geste soit très fin ou même politique : il s'agit juste à l'origine de signifier « dans ton cul », c'est tout. Une nageoire de dauphin pour être plus précis...

Est-ce que c'est compris chers messieurs les oracles de la quenelle ? Va-t-on enfin arrêter de gloser sur ses voies mystérieuses et impénétrables ? Ce geste est débile, et il est certes employé pour des raisons antisémites par d'aucuns, mais en règle générale – et je le sais pour l'avoir constaté chez un tas de connaissances et d'amis en rien antisémites – il s'agit juste d'un geste bourrin pour signifier que « tu l'as bien profond ». Point. BARRE. Merci.